À propos… de la parole qui nous déplace
Nous vivons dans un monde où beaucoup de choses sont faites pour nous ressembler. Les algorithmes nous proposent des contenus selon nos goûts, les réseaux sociaux nous montrent ce que nous aimons déjà, et même les nouvelles intelligences artificielles ont souvent tendance à répondre dans le sens de leurs utilisateurs. Tout cela est confortable.
Mais cela peut aussi nous enfermer doucement dans ce que nous pensons déjà. Or la parole de l’Évangile fonctionne autrement. Elle ne nous renvoie pas simplement notre propre image. Elle vient d’ailleurs. Elle introduit une altérité, une voix qui ne se contente pas de confirmer nos convictions. Parfois elle nous bouscule, parfois elle nous contredit, parfois elle nous appelle à regarder autrement. Dans la Bible, la rencontre avec Dieu provoque presque toujours un déplacement. Abraham quitte son pays. Moïse retourne en Égypte. Les disciples laissent leurs filets. La parole de Dieu met en route. Elle décentre.
Le temps qui précède Pâques est justement un temps pour cela: accepter d’être déplacé. Chercher ce qui n’est pas simplement le prolongement de nous-mêmes. Écouter une parole qui nous interroge plutôt qu’une voix qui nous rassure. Car c’est souvent dans cette rencontre avec l’autre – avec ce qui nous résiste, nous questionne ou nous surprend – que le Tout-Autre se révèle.
Gilles Cavin
Vice-président du Conseil Synodal de l’EREV
À propos de la page Eglises du Nouvelliste paru le 21 mars 2026
Quand la tolérance devient indifférence
J’ai passé le week-end de l’Ascension en Drôme provençale, une région où les protestants français, les huguenots, s’étaient réfugiés lorsqu’ils étaient persécutés après la révocation de l’édit de tolérance de Nantes par Louis XIV, en 1685.
Heureusement, le temps des guerres de religion est loin derrière nous, à tout le moins sous nos latitudes. Plus personne ne risque l’emprisonnement, voire sa vie, en raison de sa foi. Il règne une tolérance générale envers les convictions d’autrui – ou plutôt une indifférence générale ? En effet, sommes-nous devenus tellement libres dans nos choix et opinions que nous en venons à oublier peu à peu notre foi et ses commandements ?
À force de ne jamais devoir défendre ce qui nous tient à cœur, perdons-nous lentement mais sûrement nos repères intérieurs ? Ce danger est bien réel. Il est donc plus que jamais nécessaire de se rappeler avec force notre foi et les valeurs que nous partageons entre chrétiens : amour du prochain, charité, service à la communauté, respect de la dignité humaine, recherche de la vérité, de la justice et de la paix. Mais s’en souvenir de temps à autre ne suffit pas : affirmons nos convictions haut et fort, et surtout, transformons-les en actes au quotidien!
Stephan Kronbichler,
Président du Conseil Synodal de l’EREV
À propos de la page Eglises du Nouvelliste paru le 16 mai 2026
Notre pain de ce jour
Le Carême est un temps d’introspection mais aussi d’engament. En Suisse, depuis 1969, c’est le temps d’une action œcuménique solidaire, portée par les Eglises protestante, catholique romaine et catholique chrétienne. Cette année, elle est consacrée au droit à l’alimentation.
Dans la Bible, la famine n’est pas un détail: les années de vaches maigres en Égypte, la veuve de Sarepta qui n’a plus qu’une poignée de farine, Ruth glanant quelques grains… Ce serait une erreur d’en faire des récits d’un autre âge. La faim n’appartient pas au passé. Près d’un tiers de la population mondiale souffre d’insécurité alimentaire.
En Suisse, la demande d’aide alimentaire, rendue disponible par l’engagement associatif, augmente constamment. Lorsque nous prions: «Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour», nous exprimons à Dieu nos besoins tant spirituels – la relation au Christ qui est, lui-même, le Pain de vie – que matériels. C’est très direct: nous demandons à manger à Notre Père. Le chrétien ne peut donc pas prier sans s’engager aussi pour un partage des ressources matérielles. C’est le sens de la campagne de Carême: prier, sensibiliser, soutenir des projets variés et durables. Rappelons aussi que, localement, nos Eglises participent au Forum alimentaire du Valais romand qui lutte contre la précarité alimentaire. Et nos paroisses sont des maillons importants de nombreuses initiatives de proximité.
«Donne-nous notre pain de ce jour», et nous le partagerons.
Sara Schulthess, pasteure
Conseillère Synodale
Article paru dans le Nouvelliste du 21 février 2026
Et pourtant la lumière demeure
[…] Face aux évènements tels que le drame de Crans-Montana, beaucoup se posent la question ancienne et dérangeante: «Mais où est Dieu lorsque la souffrance surgit brutalement, quand l’horreur prend toute la place ?»
La foi ne propose pas de réponses simples à ces interrogations, mais elle rappelle que Dieu reste aux côtés de l’être humain lorsqu’il traverse des moments dramatiques et incompréhensibles.
À Crans-Montana, nous le savons, la solidarité a joué un rôle essentiel, lorsque des personnes se sont aidées, des inconnus se sont rapprochés et que de simples gestes ont apporté un peu de réconfort. La foi, dans ces moments-là, devient plus humble et plus discrète, mais les paroisses du canton et du pays se sont ouvertes à tous, croyants ou non, pour permettre recueillements et prières, et elles ont continué à manifester que l’amour, la solidarité et l’espérance sont plus forts que la peur, et qu’aucune catastrophe n’aura le dernier mot.
Et peut-être cela suffit-il pour continuer à avancer. Pas à pas. Jour après jour. Avec le deuil, avec les questions et avec une foi qui n’a pas besoin d’être forte pour être vraie. Et avec cette une conviction qui dit que même lorsque le ciel nous tombe sur la tête, on ne peut pas tomber plus bas que dans la main de Dieu.
Helena Blatter, conseillère synodale
Article paru dans le Nouvelliste du 17 janvier 2026

Joyeuses fêtes ou
Joyeux Noël ?
Aujourd’hui, dans les magasins et plus globalement dans l’espace public, on entend de plus en plus « joyeuses fêtes » là où l’on disait autrefois « Joyeux Noël » ou « joyeuses fêtes de Noël ».
Ce glissement paraît anodin, mais il dit quelque chose de notre époque : pour rester neutre, on gomme peu à peu ce qui renvoie à une fête pourtant bien précise. Le mot « Noël » s’efface derrière une formule qui englobe tout, mais qui, en même temps, retire une part de sens.
Pourtant, « Noël » vient du latin dies natalis, « jour de la naissance ». Il rappelle que cette fête célèbre la venue d’un Dieu qui s’approche dans la fragilité d’un enfant. Dire « joyeux Noël », c’est laisser entendre, même discrètement, cette bonne nouvelle : une lumière qui se lève au cœur de la nuit, une espérance offerte à toute vie, même la plus humble. Ce souhait ne dit pas seulement « passez un bon moment festif en famille ou entre amis » ; il ouvre un horizon plus vaste, celui d’une promesse qui naît et surprend.
Dans une société où l’on est tant soucieux de ne heurter personne et de faire place à la pluralité des convictions, on est porté à éliminer un terme trop chargé de sens. Pourtant l’espérance de Noël se veut universelle. Préserver le mot « Noël », c’est rappeler une espérance, une lumière dans l’obscurité, c’est faire place à l’humilité, la paix et la justice. Alors… Joyeux Noël !
Gilles Cavin, pasteur
et vice-président du Conseil Synodal de l’EREV
Article paru dans le Nouvelliste du 20.12.2025
Un murmure doux et léger
À l’occasion de la Pentecôte, nous avons (ré)entendu son récit (Actes 2), où Dieu, soit le Saint Esprit, se manifeste par le bruit d’un violent coup de vent, puis par des langues de feu sur les têtes des disciples, qui se mettent à parler toutes les langues. Je ne sais pas pour vous, mais je n’ai jamais eu le privilège d’assister à une telle apparition divine grandiose et spectaculaire. C’est de façon tout à fait différente que Dieu s’est montré au prophète Elie (1 Rois 19:11 s.). Il y eut d’abord une tempête avec un vent fort et violent, mais l’Eternel n’y était pas. Il n’était pas non plus dans le tremblement de terre qui suivait, ni dans le feu. Lorsque Dieu est enfin apparu, c’était dans un murmure doux et léger.
Dans notre monde bruyant et avide de mises en scène éblouissantes, nous partons tout naturellement de l’idée que Dieu ne manquera pas de faire une entrée fracassante dans nos vies s’il devait souhaiter manifester sa présence. Nous oublions ainsi que, pour la très grande majorité d’entre nous, Dieu se montre tout discrètement : dans l’aube fraîche et prometteuse d’un beau jour d’été, dans un geste bienveillant qui nous est offert, dans un moment de joie et de convivialité partagée avec notre famille ou nos amis.
Ne nous laissons pas abasourdir et aveugler par le tumulte qui nous entoure, mais ouvrons nos sens et nos cœurs pour remarquer et apprécier ces moments de présence divine dans nos vies.
Stephan Kronbichler
Président du Conseil Synodal
Article À propos de la page Eglises du Nouvelliste paru le 21 juin 2025
Présence et souffle de vie
Lorsque nous célébrons les deux solennités que sont l’Ascension et la Pentecôte, deux promesses fondamentales résonnent : celle de la présence indéfectible du Christ à nos côtés, chaque jour, et celle du don de l’Esprit-Saint.
Ces promesses chrétiennes prennent une résonance toute particulière en ces temps de bouleversement, alors que le Valais est profondément affecté par la destruction du village de Blatten et par l’insécurité dans le Val de Bagnes.
La présence de l’Esprit de Dieu parmi nous ne supprime ni les épreuves ni les tragédies. Les événements récents survenus dans le Lötschental nous en offrent un douloureux témoignage. Pourtant, cette présence promise par le Christ est une force vivifiante, une source inépuisable de courage et d’espérance.
Elle éveille en nous la tendresse et la solidarité, à l’image des mains secourables qui se tendent, des dons généreux, des prières ferventes et des messages empreints de compassion venus de tout le canton, et de bien au-delà. Tel un souffle fraternel qui traverse les frontières visibles et invisibles, elle unit et réconforte.
Que ce souffle continue d’animer nos existences, qu’il fortifie nos cœurs dans l’épreuve et qu’il ravive en nous cette promesse intemporelle du Christ : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. » (Matthieu 28,20)
Pasteur Gilles Cavin
vice-président du Conseil Synodal
Un nouveau pape… et alors ?
L’élection d’un nouveau pape intéresse aussi bien les catholiques que les protestants, même si ces derniers sont moins concernés. Le choix du Conclave suscite toujours des réactions contrastées. Certains se réjouissent, espérant un souffle nouveau pour l’Église catholique. D’autres regrettent, redoutant un virage qui ne correspond pas à leurs attentes.
Il est difficile de prédire précisément les orientations que prendra Léon XIV. Son parcours, son engagement social et son expérience pastorale laissent entrevoir une sensibilité aux défis contemporains. Mais au-delà de sa personne, cette élection est une occasion précieuse de réflexion: par-delà les confessions catholique ou réformée, qu’attendons-nous de l’Église? Nos réactions face à ce changement révèlent souvent nos aspirations profondes, et parfois nos inquiétudes quant à l’avenir de l’Église. Le positionnement de l’Eglise dans la société dépasse les frontières confessionnelles: il interroge notre rapport à la foi, à la tradition et à l’évolution du monde dans lequel elle doit pouvoir accomplir sa mission d’annoncer l’Evangile.
L’élection de Léon XIV ne se réduit donc pas à un changement de figure; elle nous invite à nous questionner sur ce que nous voulons pour l’Église d’aujourd’hui et de demain. Elle nous rappelle aussi que l’avenir de l’Église ne repose pas uniquement sur ses dirigeants: il dépend de chacun d’entre nous. À notre niveau, par nos engagements et nos choix, nous participons à la construction de cette Église que nous souhaitons plus vivante, juste et accueillante.
Pasteur Gilles Cavin
Vice-président du Conseil Synodal
À Propos paru dans la Page Eglises du Nouvelliste du 17 mai 2025
Valeurs chrétiennes qui guident vers la Lumière
Cet automne, le jeu de couleurs offert par le vignoble valaisan fut particulièrement beau. Selon le cépage planté, chaque parcelle arborait une couleur différente: jaune vif, rouge flamboyant, ocre timide… On aurait dit un immense tapis noué par un créateur doté d’une fantaisie débordante.
Malgré ces innombrables nuances – le Valais compte une centaine de cépages différents -, il n’y avait rien de chaotique dans ce spectacle. Chaque parcelle est clairement délimitée par rapport à ses voisins, et les vignes sont organisées en rangées propres et rectilignes donnant à chaque cep la place nécessaire pour son bon développement. Chaque plant se tient à son piquet, qui lui permet de grandir et de pousser vers le haut, vers le soleil.
Si le vin tient une place importante dans la culture valaisanne, le vignoble est à l’image de notre société. Nous sommes tous différents, et tant mieux, car c’est une richesse ! Qui voudrait boire toujours le même vin à longueur d’année ? Nous avons des règles que nous respectons, et nous n’empiétons pas sur le terrain de nos voisins, en laissant à chacun la place dont il a besoin.
Cependant, et c’est le plus important, nous partageons les mêmes valeurs : des valeurs chrétiennes qui nous offrent un appui solide, qui nous aident à grandir et qui nous guident vers le haut, vers la lumière. Elles sont essentielles, ne les oublions pas !
Stephan Kronbichler
Président du Conseil Synodal
À Propos paru dans la Page Eglises du Nouvelliste du 18 janvier 2025
Que fleurissent nos cimetières !
À la Toussaint et pendant les jours qui l’entourent, les visites aux cimetières se font bien plus nombreuses qu’à l’accoutumée. Ces venues s’accompagnent souvent de la mise en place de fleurs et de lumignons.Soyons Toujours Heureux
C’est l’injonction de Paul aux Chrétiens et Chrétiennes de Philippes. (Philippiens 4, 4)Conjugaison
Konjugation
Vous souvenez-vous avoir appris la conjugaison à l’école ? Personnes, temps, modes, terminaisons, accords… Que de chausse-trappes ! Peut-être avez-vous peiné à apprendre ces conjugaisons, et peut-être que cela fait partie des pires souvenirs d’école : « puisque tu n’as pas été sage, pour lundi, tu conjugueras le verbe obéir à tous les temps et à toutes les personnes » … S’ouvrait alors la perspective d’un samedi gâché, fait de longues heures d’écriture : Je, Tu, Il, Elle, On, Nous, Vous, Ils, Elles… À l’indicatif, au subjonctif, à l’impératif, au conditionnel… passé, présent, futur… Ça n’en finissait pas…Portez les fardeaux les uns des autres,
et vous accomplirez ainsi la loi de Christ.
Galates 6,2

Un peu, beaucoup, passionnément…
La marguerite, fleur de saison, nous parle d’amour. Dans le langage des fleurs, elle dit « Vous êtes la plus belle ». Enfant… ou plus grand, vous l’avez certainement effeuillée, pour savoir si vous étiez aimé, en psalmodiant « Il ou elle m’aime un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout, un peu, beaucoup, passionnément… ». Cette petite fleur des champs, que l’on pourrait juger insignifiante ou faible, est comme vous et moi créée, voulue par Dieu !
Et avec Dieu, nul besoin de compter ; il nous aime toujours à la folie ! Folie d’avoir laissé les humains crucifier Son Fils, folie d’avoir pardonné ce crime…
La folie de Dieu est plus sage que les hommes, et la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes, lit-on chez Paul (I Corinthiens 1, 25)
La folie de Dieu, c’est de nous aimer sans compter, sans condition, parce que nous sommes là. Tous les jours, quelles que soient nos actions. Toutes les heures, quelle que soit notre humeur. Toutes les secondes… N’est-ce pas souvent bien plus que nous ne nous aimons nous-mêmes ?
Gwendoline Noël-Reguin, Diacre
Vacances… Quelle liberté ?
Pour beaucoup, les vacances riment avec liberté et c’est logique. Enfin débarrassés des contraintes liées au travail, le monde nous paraît différent, plus léger, même plus ensoleillé. De nouveaux possibles s’ouvrent à nous. Mais est-ce vraiment le cas ?
Au premier abord, bien sûr. C’est le temps des longues soirées, des voyages, de la dolce vita. Et pourtant, si le temps des vacances est souvent attendu et désiré, il n’est pas exempt de contraintes. Elles sont de deux ordres : les premières liées à nos limitations, les secondes liées aux pressions extérieures qui nous enjoignent à réussir nos vacances.
Dans l’imaginaire collectif, avoir des vacances c’est partir, profiter, exploiter ce temps au maximum. Cela nous est rapidement rappelé lorsque nous parlons de nos vacances. Nous nous trouvons confrontés à la question « Tu vas où ? », petite phrase qui en dit long sur ce que devraient être des vacances réussies. Pour s’en convaincre, il suffit de consulter les réseaux sociaux et de voir les photos publications de nos « amis » dévoilant des lieux tous plus paradisiaques les uns que les autres, embellis par des images souvent retouchées par des filtres ou recadrées à volonté. Là encore les choses se compliquent, il va falloir se dédouaner immédiatement du bilan carbone assombri par le vol en avion.
Si notre liberté subit les pressions et les influences de la société, les contraintes sont souvent bien matérielles : la santé, les finances, la solitude. Autant de limitations qui semblent aujourd’hui rédhibitoires pour des vacances réussies. Et la liberté dans tout ça ?
Résolument, elle ne se trouve pas dans les projets entrepris ou espérés. S’il faut la chercher quelque part, c’est dans la possibilité d’être nous-mêmes en embrassant nos existences dans leurs réalités respectives. Le temps de vacances devrait être un espace où nous pouvons vivre pleinement sans les diktats des « il faut » et des « je dois ». Elle n’est donc pas une liberté du faire, mais bien du être. On rejoint une thématique présente dès les premières pages de la Bible : vivre pleinement sa vocation humaine, celle d’être enfant de Dieu dans tous les aspects de nos vies.
Si les vacances sont un espace de liberté, elles devraient avant tout être cela : le temps de se déconnecter des injonctions sociales, familiales et professionnelles qui nous empêchent de vivre pleinement notre vocation d’humain. Il est souvent bien difficile d’y parvenir dans nos quotidiens, absorbés que nous sommes par la multiplicité des occupations, des responsabilités.
Les vacances ne sont pas tant une liberté à gagner, mais bien plutôt une liberté à recevoir. Pour en être les réceptacles, il est nécessaire d’accepter une forme de mise à nu pour vivre l’essentiel : soi, les autres et le Tout-Autre. Les billets d’avion, les palaces et les lointaines contrées ne sauraient nous donner cette liberté reçue par le souffle de Dieu.
Gilles Cavin, pasteur
“Je suis le bon berger” (Jean 10,11)
Cette affirmation de Jésus a marqué des générations de croyants. Elle nous offre l’image de la bienveillance, de la bonté, de l’amour de Dieu pour les siens. Le berger représente les bons soins apportés aux membres de la communauté, aux plus faibles comme aux plus robustes. Sa parole est douce mais ferme ; elle rassure et fait du bien. Elle prodigue le repos et le bien-être, car les brebis peuvent vivre sans crainte et en confiance.Du courrier !
Qui d’entre nous écrit encore de vraies lettres ? Celles qui nécessitent de trouver au même moment et au même endroit une plume, du papier (joli, de préférence), une enveloppe et un timbre.
Ensuite, cette lettre sera apportée à la Poste ou déposée dans l’une des nombreuses boîtes jaunes que l’on trouve encore parsemées dans nos quartiers. Affranchie, timbrée, cette lettre prendra parfois des chemins tortueux pour rejoindre son ou sa destinataire.
Ainsi en est-il du message de Dieu pour les humains : il prend des chemins par moment tortueux pour toucher nos cœurs et, parfois, changer nos vies.
Reste alors un défi pour nous, chrétiens et chrétiennes : vivre en toute liberté dans ce monde qui est le nôtre – sachant que ce n’est pas le Royaume – tout en n’étant pas dans un décalage trop important… Pour le dire autrement : être affranchi·e sans être timbré·e… Tout un programme !
Gwendoline Noël-Reguin, Diacre

Poussières sahariennes
À plusieurs reprises ces dernières semaines, nous avons pu observer cette luminosité étrange occasionnée par la présence de poussières sahariennes dans l’air. Lorsque le sable se dépose au sol ou sur des objets, cela ne semble pas grand-chose, mais la totalité de la poussière présente dans le ciel suisse peut dépasser la centaine de milliers de tonnes.
Nous considérons souvent ce phénomène négativement. Il voile le soleil et salit les voitures, les vitres et bien d’autres choses. Pourtant, à y réfléchir, cela paraît fou que le vent puisse ainsi transporter autant de matière sur de si grandes distances.
Cette force, visible uniquement par les effets qu’elle produit, n’est pas sans nous rappeler le souffle de Dieu. Jésus lui-même utilise l’image du vent pour parler de l’Esprit Saint. En discussion avec Nicodème, qui se questionne sur la nouvelle naissance, le Christ lui dit : « L’Esprit, comme le vent, souffle où il veut ; tu entends le bruit qu’il fait, mais tu ne sais pas d’où il vient, ni où il va. Voilà ce qui se passe pour toute personne qui naît de l’Esprit de Dieu. » (Jean 3,8).
Des paroles déroutantes, mais aussi pleines d’espérance !
Si le vent du Sud change le ciel de nos montagnes, le souffle de Dieu peut lui aussi transformer les cieux de nos vies. Par son action en nous, il nous rappelle qu’à la suite de Pâques, la mort fait place à la vie, la haine à la compassion, et le désespoir à l’espérance.
Que le souffle de Dieu se manifeste dans nos existences pour nous éveiller à la vie en Dieu !
Gilles Cavin, pasteur

